De plus en plus nombreux (car moins encombrants et faussement plus économiques) les écrans plats envahissent le monde informatique. Mais comme d'habitude ce nouvel équipement devient rapidement une bombe écologique quand arrive le temps où il tombe en panne et qu'il faut le recycler !
Impossible de mettre la main sur l'analyse de cycle de vie
L'ACV (analyse de cycle de vie) fait le bilan de tous les flux qui auront un impact sur l'environnement au cours de la vie d'un produit : matières premières, émissions - gazeuses, chimiques... - et déchets. « Le problème, c'est qu'aucun fabricant de téléviseur ne veut publier d'ACV, déplore Stéphane Le Pochat. Même Philips, un pionnier dans l'éco-conception, refuse de le faire. »
Pourquoi ? D'abord à cause de la confidentialité extrême qui règne chez les fabricants, un secteur ultracompétitif où chacun veille jalousement sur ses petits et grands secrets de fabrication. Mais la réponse tient aussi en un autre mot : mondialisation.
Aujourd'hui, les industriels ne maîtrisent souvent que la dernière étape de fabrication d'un écran plat : l'assemblage, réalisé dans ses usines en Asie ou en Europe. Mais pour en arriver là, il leur aura fallu récolter les différents composants (fils, transformateurs, télécommande et autre carte-mère) auprès d'une chaîne de sous-traitants. « Ils achètent leurs composants au moindre prix, dans des bourses d'échange. Du coup, au jour le jour, les sources peuvent changer. »
Pillage des ressources
Mais le vertige de la mondialisation ne s'arrête pas là. Plus les composants sont complexes, plus ils exigent de métaux rares : le tantale, par exemple, indispensable aux téléphones portables. Ou l'indium, aux écrans plats LCD (la technologie « cristaux liquides », qui représente aujourd'hui la plus grosse part du marché, loin devant les écrans plasma).
Les fabricants sont en train d'épuiser ces minerais précieux à un rythme inégalé. Dégâts écologiques, mais aussi humains : en République démocratique du Congo, entre 1998 et 2001, la guerre civile a notamment eu pour enjeu l'accès aux mines de tantale, les plus importantes d'Afrique, au moment même où la vente mondiale de téléphones mobiles explosait... Et si les Chinois investissent massivement dans l'industrie minière sur tout le continent africain, c'est bien pour contrôler toute la filière d'approvisionnement de l'industrie high-tech.
Toujours pas de solution pour le recyclage !
En théorie, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes : les déchets ultrapolluants (plomb, mercure...) de nos vieux tubes cathodiques seraient désormais parfaitement recyclés. Et remplacés par des écrans plats, moins toxiques (sauf qu'il reste encore du plomb dans la plupart des plasma, du mercure ainsi que quelques composants cancérigènes dans les cristaux liquides).
Mais non ! Renseignement pris auprès du principal éco-organisme, Eco-systèmes, la technologie de recyclage des écrans plats n'existe toujours pas. « On les stocke, en attendant qu'un des programmes pilotes nous donne la solution. »
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